Yasmina Reza

  • Serge

    Yasmina Reza

    « Chez ma mère, sur sa table de chevet, il y avait une photo de nous trois rigolant enchevêtrés l'un sur l'autre dans une brouette. C'est comme si on nous avait poussés dedans à une vitesse vertigineuse et qu'on nous avait versés dans le temps. »

  • Babylone

    Yasmina Reza

    « Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C'est l'image d'eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l'excitation d'être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d'autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l'infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j'entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l'irrémédiable. »
    Prix Renaudot 2016

  • Dans le 95, qui va de la place Clichy à la porte de Vanves, je me suis souvenue de ce qui m'avait enchaînée à Igor Lorrain. Non pas l'amour, ou n'importe lequel des noms qu'on donne au sentiment, mais la sauvagerie. Il s'est penché et il a dit, tu me reconnais ? J'ai dit, oui et non. Il a souri. Je me suis souvenue aussi qu'autrefois je n'arrivais jamais à lui répondre avec netteté. ? Tu t'appelles toujours Hélène Barnèche ? ? Oui. ? Tu es toujours mariée avec Raoul Barnèche ? ? Oui. J'aurais voulu faire une phrase plus longue, mais je n'étais pas capable de le tutoyer. Il avait des cheveux longs poivre et sel, mis en arrière d'une curieuse façon, et un cou empâté. Dans ses yeux, je retrouvais la graine de folie sombre qui m'avait aspirée. Je me suis passée en revue mentalement. Ma coiffure, ma robe et mon gilet, mes mains. Il s'est penché encore pour dire, tu es heureuse ? J'ai dit, oui, et j'ai pensé, quel culot. Il a hoché la tête et pris un petit air attendri, tu es heureuse, bravo.

    Portrait de Yasmina Reza © Pascal Victor/ArtComArt

  • Elle s'enduisait de la vieille crème de huit heures d'Elizabeth Arden. Tu pues le camphre Gigi, je disais. Elle répondait c'est un aphrodisiaque, la pauvre
    Au temps du Théâtre de Clichy, j'étais sa seule amie. Les autres étaient jalouses
    Les hommes tournicotaient comme des mouches. Elle tombait amoureuse plusieurs fois par mois.
    À vingt-trois ans elle s'est trouvée enceinte. Pendant deux jours on s'est cassé la tête pour savoir quoi faire et puis elle a dit, allez hop je le garde. Ça ne l'intéressait pas de connaître le père : de toute façon il me fera chier

  • Ils jouent gros. C'est ce qui me touche. Ils jouent gros. Ils sont à la fois le joueur et la mise. Ils ont mis eux-mêmes sur le tapis. Ils ne jouent pas leur existence, mais, plus grave, l'idée qu'ils s'en sont faite.

  • Hammerklavier

    Yasmina Reza

    « J'ai fait le rêve suivant. Mon père mort revenait me voir.
    - Alors, lui dis-je, comment est-ce ? As-tu rencontré Beethoven ?
    Il se renfrogne et secoue la tête avec dégoût et tristesse :
    - Ah, la, la ! Horrible rencontre !
    - Comment ça ?
    - Très antipathique. Très.
    - Mais comment, papa ?
    - Je m'approche de lui, poursuit mon père, prêt à le serrer, sais-tu ce qu'il me dit :
    Comment avez-vous osé vous attaquer à l'Adagio d'Hammerklavier ! Comment avez-vous pu une seule seconde vous imaginer interpréter une mesure d'Hammerklavier ?
    - Pardonnez-moi maître, lui répondit mon père, je vous imaginais au-dessus de ça à présent...
    - Mais enfin ! s'écrie Beethoven, être mort n'est pas être sage ! » Ce récit a reçu le Prix de la Nouvelle de l'Académie Française en 1997.

  • Une désolation

    Yasmina Reza

    « Tu me bravais avec cette ridicule soif d'absolu qu'ont les gens de cet âge et je me disais, le petit est véhément à souhait, il sortira du lot. Mais tu n'es sorti de rien. Les vapeurs de jeunesse passées, tu as repris ta place dans la moyenne. Plus trace d'insurrection. Plus trace de vengeance. Tu as si vite craint pour ta peau, mon pauvre enfant. Comme la cohorte de tes amis les veules, tu sais que tout geste se paye, aussi as-tu choisi d'emblée de ne plus te signaler. Ecarter la souffrance, tel est votre horizon. Écarter la souffrance, vous tient lieu d'épopée. »

  • « Le maître de mon mari a étranglé sa femme, lui se contente de laisser sa main choir au bout de l'accoudoir, de façon lamentable et flétrie. Mon mari n'a pas de radicalité. C'est un disciple. La génération de mon mari a été écrasée par les maîtres. » Dans la luge d'Arthur Schopenhauer a été adapté au théâtre par Yasmina Reza.
    La pièce se donne au Théâtre Ouvert, Paris 18e, jusqu'au 21 octobre 2006.

    Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia, avec André Marcon, Maurice Bénichou, Christèle Tual et Yasmina Reza.

    « Adapté d'un de ses vifs et musicaux petits romans polyphoniques, l'exercice est virtuose. Yasmina Reza - entre Schnitzler et Nietzche, pourquoi pas ? - devient grand auteur. Très grand auteur.
    Fabienne Pascaud, Télérama

  • « Un jour, l'écrivain Adam Haberberg s'assoit devant les autruches sur un banc du Jardin des Plantes et pense, ça y est j'ai trouvé la position de l'hospice. Une position spontanée pense-t-il, qui ne peut se trouver que sans effort. Un beau jour, on s'assoit et ça y est, on est dans la position de l'hospice. Il se trouve bien dans cette position, je m y trouve bien parce que je suis jeune, pense-t-il, et que je n'ai pas l'obligation de m y tenir. En temps normal, Adam Haberberg reprend le dessus, mais il n'est pas en temps normal, un homme qui paye 6 euros pour faire quelques mètres le long du quai Saint-Bernard et revenir s'échouer sur le premier banc en face des autruches, dans ce qui est sans doute l'endroit le plus laid et le moins agréable du jardin. »

  • Bella figura

    Yasmina Reza

    La première mondiale de cette pièce a eu lieu le 16 mai 2015 à la Schaubühne de Berlin, dans une mise en scène de Thomas Ostermeier.

  • Un soir, dans un appartement parisien, Henri et Sonia débattent : faut-il répondre aux appels de leur fils qui, de son lit, réclame à manger alors qu'il s'est lavé les dents ?
    La situation s'envenime quand apparaissent Hubert et Inès qu'ils croyaient avoir invités pour le lendemain. La situation se détériore encore, d'autant qu'Hubert - patron d'Henri -, lui apprend qu'une communication sur les halos de matière noire dans les galaxies, sur quoi Henri travaille depuis trois ans, vient d être publiée, ce qui réduit à néant ses rêves de promotion.
    Cette tragi-comédie du quotidien est rejouée trois fois de suite, dans des interprétations différentes.
    Après une création mondiale de Luc Bondy au Burgtheater à Vienne, fin octobre 2000, la pièce sera mise en scène en novembre 2000 au théâtre Antoine à Paris. Elle sera également à l'affiche en décembre 2000 à Londres, en version anglaise.

  • « Un jour, l´écrivain Adam Haberberg s´assoit devant les autruches sur un banc du Jardin des Plantes et pense, ça y est j´ai trouvé la position de l´hospice. Une position spontanée pense-t-il, qui ne peut se trouver que sans effort. Un beau jour, on s´assoit et ça y est, on est dans la position de l´hospice. Il se trouve bien dans cette position, je m´y trouve bien parce que je suis jeune, pense-t-il, et que je n´ai pas l´obligation de m´y tenir. En temps normal, Adam Haberberg reprend le dessus, mais il n´est pas en temps normal, un homme qui paye 6 euros pour faire quelques mètres le long du quai Saint-Bernard et revenir s´échouer sur le premier banc en face des autruches, dans ce qui est sans doute l´endroit le plus laid et le moins agréable du jardin. »

  • « Les acteurs sont des lâches.
    Les acteurs n'ont pas de courage.
    Moi le premier.
    Les qualités humaines habituelles dans le monde normal sont contraires au bien de l'acteur. » Cinq acteurs répètent une comédie : une réunion de famille au cours de laquelle une mère présente à ses deux filles et à son gendre, le nouvel homme de sa vie, un veuf gérant d'immeuble...



    La création d'Une pièce espagnole aura lieu à partir du 20 janvier 2004, au théâtre de la Madeleine, dans une mise en scène de Luc Bondy.

  • Samuel Perlman, the elderly narrator of Yasmina Rezayes'>#8217;s deliriously dyspeptic novel, is surrounded by happy people. His wife Nancy is thrilled to be a member of the human race. His grown son is content crisscrossing the world to yes'>#8220;sample exotic fruit with the savages.yes'>#8221; But Samuel himself refuses to be happy and his attempt to explain his refusal (half to his son and half to himself) generates an epic, blasphemous, and hilarious rant against the compromises of his life. Whether he is recounting his pal Lionelyes'>#8217;s heroic battle against impotence; lamenting the loss of his great love, the irresistible Marisa Botton; or pondering the possibility of a new love in the person of one Genevieve Abramowitz, the droll, irascible Perlman is one of the great talkers of contemporary fiction. And Desolation is one of the most dazzling performances ever written for one voice.From the Trade Paperback edition.

  • 1 novel.

    18 people.

    18 lives.



    Infinite combinations: families and friends, colleagues and patients, lovers and mourners... But sometimes a crowd is the loneliest place to be.



    An award-winning exploration of dreams and disillusionment, love and infidelity from the creator of global theatre sensation Art and God of Carnage.

  • From the award-winning author of Art and Desolation comes this bitingly funny new novel that follows the absurd adventures of a man struggling with a midlife crisis.
    Adam Haberberg is losing his sight in his left eye. His new book is a flop. And his marriage isn't doing too well. But while sitting one day on a park bench, he sees an old friend from high school, Marie Thérèse, and suddenly his whole life seems to change. Adam soon finds that his own life has somehow become intertwined with Marie Thérèse's, throwing everything into question. A wry tragicomedy and a nuanced study of a man in the throes of an existential crisis, Adam Haberberg has the same wit and panache that have marked all of Yasmina Reza's work to date.
    From the Trade Paperback edition.

  • « A l âge de sept ans, j'ai eu un professeur de violoncelle qui s'appelait M. Litnick. M. Litnick était la bonté même. Il avait un bras qui tremblait. Il ne pouvait plus jouer à cause de ce bras qui tremblait. Et il ne pouvait plus enseigner car il n'inspirait plus confiance... Le jour où il est venu pour la dernière fois chez nous, je lui ai dit au revoir et je l'ai regardé disparaître de ma vie par la fenêtre ? M. Litnick traversait la rue. Je pouvais voir de dos qu'il marchait avec chagrin. A l'arrêt de l'autobus, il a levé les yeux vers notre appartement, il m'a vu à la fenêtre, et il m'a fait un signe en soulevant son chapeau avec une gentillesse... Dans le sourire de Vienne, il y avait un encouragement identique, quelque chose que je n'avais pas vu depuis des années, de tendre et d'humain, d'une solitude à une autre... Quelque chose de vraiment inattendu de la part d'une femme à mon égard. »

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