Henri Lefevre

  • La proclamation de la Commune est un livre comme on n'en fait plus : un livre d'histoire, écrit par un philosophe qui multiplie les incursions dans l'économie et la sociologie, et adopte une perspective totalisante où transparaissent les débats politiques de son temps.
    En choisissant la journée du 26 mars 1871 comme objet et borne de son étude, Henri Lefebvre ne se contentait pas de répondre à une exigence éditoriale*, mais entendait arracher la Commune à ses interprétations mécanistes et téléologiques - bourgeoise ou stalinienne -, pour lui rendre toute sa puissance créatrice.
    S'il analyse, en marxiste, les conditions économiques, politiques et historiques de l'événement, c'est pour en souligner l'imprévisible, le contingent et l'exceptionnelle nouveauté. Pas plus que ses victoires, l'échec de la Commune n'était écrit d'avance. Et l'horizon des possibles qu'elle ouvrit au mouvement ouvrier dépasse de loin la conscience historique de ses acteurs. « Restituer non seulement les faits, mais leur signification aujourd'hui obscurcie », telle est la tâche que se donne Lefebvre dans ce livre foisonnant.
    Le tableau qu'il dresse de la période, de l'effondrement du second Empire à la proclamation de la Commune est multiscalaire : la mémoire et les aspirations des contemporains y comptent autant que les données macroéconomiques. On y retrouve des thèmes chers à l'auteur : l'urbain (« l'insurrection parisienne de 1871 fut la grande et suprême tentative de la ville pour s'ériger en mesure et norme de la réalité humaine »), la vie quotidienne (« la quotidienneté se transforme en fête perpétuelle ») et le problème, resté irrésolu, de l'État, que les communards abordèrent avec un mélange de naïveté, de sensibilité fédéraliste et d'inventivité sociale. Son récit n'élude pas les grandes questions stratégiques qui traversent l'historiographie de gauche de la Commune : le rôle du Comité central de la garde nationale, les contradictions du « complexe idéologique » constitué par les différents courants (blanquistes, proudhoniens, républicains et internationaux), l'organisation militaire, l'habileté et la bassesse de l'adversaire (Thiers), etc. Mais ce livre est avant tout un hommage, dont la valeur prospective reste intacte, à l'« extraordinaire mélange de grandeur et de folie, de courage héroïque et d'irresponsabilité, de délire et de raison, d'exaltation et d'illusion » qui fait le « style » de la Commune.

  • Le manifeste différentialiste fut publié pour la première fois en 1970 (Gallimard). Cinquante ans après sa sortie, les éditions Grevis ont trouvé dans ce texte une acuité au présent. Les revendications identitaires et micro-identitaires semblent aujourd'hui freiner les luttes collectives. Mais l'identité, d'après Henri Lefebvre, ne fonctionne pas tant par différence que par distinction.

    La différence au contraire procède de l'affirmation et du dépassement. Si le retour de Lefebvre dans le champ des théories de l'émancipation arrive enfin en France, bien souvent cet ouvrage majeur est mis de côté. Il propose pourtant une hypothèse stratégique déterminante : la différence est révolutionnaire.

  • Le marxisme

    Henri Lefebvre

    Karl Marx - peu avant la révolution de 1848, et en rapport étroit avec la fermentation révolutionnaire de l'Europe - aperçut, d'abord dans l'indifférence générale, les grandes lignes de ce vaste ensemble théorique qui devait porter le nom de marxisme. Dès que l'influence et le rayonnement du marxisme commencèrent à s'imposer, les interprétations plus ou moins erronées et autres exégèses de son oeuvre se multiplièrent.
    En partant de l'oeuvre de l'auteur du Capital, Henri Lefebvre, dans cette introduction lue par des générations d'étudiants, expose la « conception du monde » développée par Marx, conception philosophique, morale, sociologique, historique, économique et politique qui a profondément marqué le monde contemporain.

  • Le droit à la ville

    Henri Lefebvre

    L'urbain manifeste aujourd'hui son énormité, déconcertante pour la réflexion, l'action et même l'imagination.
    Sens et fin de l'industrialisation, la société urbaine se forme en se cherchant et oblige à reconsidérer la philosophie, l'art et la science qui ne peuvent éviter la confrontation avec cet objet nouveau. Ce qui oblige à concevoir une stratégie de la connaissance, inséparable de la stratégie politique. Selon quel axe penser cette stratégie du savoir ? Vers l'entrée en pratique d'un droit : le droit à la ville, à la vie urbaine, condition d'un humanisme et d'une démocratie renouvelés.
    Ce livre fondateur a été prolongé par Espace et politique, Du rural à l'urbain, La production de l'espace.

  • Théoricien de la critique de la vie quotidienne, Henri Lefebvre (1901-1991), s'intéresse aussi bien aux habitudes, à la routine, aux rites calendaires qu'aux rythmes individuels et sociaux, qui donnent là chacun, comme à toute société, son tempo. L'ordinaire entrelace mille et un rythmes et combine aussi bien des moments répétitifs, comme dans l'usine taylorisée, que des ruptures festives ou cultuelles.
    Avec l'urbanisation les temporalités se modifient, le temps vécu se distingue à la fois du temps représenté et du temps rêvé. Pas de territorialité sans ses temporalités, d'où une rythmanalyse que Bachelard avec esquissée et que Lefebvre élabore en recherche. Publiés en 1992, ces Éléments de rythmanalyse. Introduction à la connaissance des rythmes, augmentée d'« Essai de rythmanalyse des villes méditerranéennes » rédigé avec Catherine Régulier, n'étaient plus disponibles, d'où cette réédition complétée par trois articles : « Musique et sémiologie » (1971) ; « La musique et la ville » (1976) et « Le projet rythmanalytique » (avec Catherine Régulier, 1985). Cet ensemble de textes constitue un précieux et indispensable corpus lefebvrien pour qui souhaite, non seulement approfondir sa connaissance d'un penseur exceptionnel, mais aussi prolonger ses réflexions sur les rythmes.

  • Les écrits descriptifs d'espaces, de paysages, de campagnes et de villes ne se comptent plus.
    Sont-ils une connaissance de l'espace ? non, répond lefebvre qui tente ici de montrer l'unité théorique entre l'espace physique, l'espace mental et l'espace social.
    Chaque société produit un espace, le sien. la nôtre, forme du néo-capitalisme, a produit l'espace abstrait qui contient le " monde de la marchandise ", sa logique et ses stratégies à l'échelle mondiale en même temps que la puissance de l'argent et celle de l'état politique.
    Cet espace abstrait s'appuie sur les énormes réseaux des banques, des centres d'affaires, etc. et aussi l'espace des autoroutes, des aérodromes, des centres d'informations et de communication. dans cet espace, la ville, berceau de l'accumulation, lieu de la richesse, sujet de l'histoire, centre de l'espace historique a éclaté. il s'agit d'en apprécier les conséquences.
    Il y a vingt-cinq ans paraissait la première édition de ce livre, devenu aujourd'hui un classique tant en france qu'à l'étranger où cet ouvrage a été beaucoup traduit.

  • 1957 : Henri Lefebvre prend la mesure des crimes de Staline et de l'écrasement du soulèvement ouvrier de Budapest ; il rompt avec le parti communiste.
    Rupture éclatante dont témoigne son grand livre La Somme et le reste et cet article jamais republié depuis : "Vers un romantisme révolutionnaire". Où il dessine à grands traits l'homme nouveau qu'un tel romantisme appelle : un homme tournant le dos au dogmatisme, cessant d'être "en proie au passé". Ne séparant plus entre la politique et l'art. Demandant à l'imagination, au rêve et à la pensée de féconder la politique.
    Lefebvre renoue là avec l'inclination de sa jeunesse: d'une pensée libertaire proche du surréalisme. Un pont est ainsi jeté qui anticipe alors Mai 68 : "La jeunesse est en proie au possible, et le possible la dévore". Qui anticipe des possibilités pas davantage réalisées aujourd'hui.

  • La Praxis est le point de départ et le point d'arrivée du matérialisme dialectique. Ce mot désigne philosophiquement ce que le sens commun appelle : "la vie réelle", cette vie qui est à la fois plus prosaïque et plus dramatique que celle de l'esprit, spéculatif. Le but du matérialisme dialectique n'est autre que l'expression lucide de la Praxis, du contenu réel de la vie - et corrélativement la transformation de la Praxis actuelle en une pratique sociale consciente, cohérente et libre. Le but théorique et le but pratique - la connaissance et l'action créatrice - sont inséparables.
    HENRI LEFEBVRE.

  • Pièces test, 1 à 5

    Henri Lefebvre

    • Manuella
    • 19 Octobre 2018

    Deux dates, 1968 et 2008, deux principes, celui de l?ébauche et de l?inachevé, ont présidé à l?écriture des Pièces test, 1 à 5.
    En 1968, Sol LeWitt disposait dans des boîtes en verre, initialement destinées à la présentation de pâtisseries, des esquisses miniatures de sculptures (Test pieces) réalisées par mort prématurée d?Eva Hesse, en 1970, conféra à ces Test pieces, dès lors référencées sous le titre Three Untitled Glass Cases, un statut d??uvres d?art à part entière.
    En 2008, sur l?invitation d?Henri Loyrette, alors pré- sident-directeur du Louvre, Pierre Boulez réalisait une exposition prenant pour thème l??uvre comme fraction d?une ?uvre inachevable, ?uvre : fragment. Partant du principe qu?une ?uvre ne peut être achevée, tout au long de sa vie de compositeur Pierre Boulez voulut « abolir la frontière entre c?est encore l??uvre. L?esquisse, le projet, la partition? ne pas empêcher une ?uvre, l?ouvrir à toutes les possibilités en la maintenant dans l?amorce, ne pas la condamner aux Partitions d?expositions d?histoires, maquettes d??uvres formulant la perte et le manque, les Pièces test, 1 à 5 prolongent le travail amorcé plus tôt avec Les Unités perdues et

  • Partant de l´oeuvre du célèbre auteur du Capital, Henri Lefebvre expose, dans cette introduction lue par de nombreuses générations d´étudiants, la « conception du monde » développée par Marx. Cette conception du monde à la fois morale, philosophique, sociologique, historique, économique et politique, a profondément marqué notre monde contemporain.

  • Dans La Conscience mystifiée (1936) Henri Lefebvre et Norbert Guterman soumettent à l'analyse l'aspect public de la conscience sociale.
    Ils démontent les mécanismes qui permettent aux pouvoirs dominateurs d'imposer aux individus des représentations inverses aux réalités. Ainsi peuvent-ils élargir la théorie de l'aliénation de Marx. Pour eux " fétichisme, aliénation, mystification sont trois termes presque équivalents, trois aspects d'un seul fait ". Ce livre au destin maudit (rejeté à sa publication par le communisme soviétique, proscrit et brûlé plus tard par les nazis) était le premier d'une série devant s'intituler Science des idéologies.
    Les deux auteurs y distinguent deux éléments fondamentaux : la conscience sociale et la conscience privée. Mystifiées, ni l'une ni l'autre ne peuvent passer pour critère de vérité. Hier et aujourd'hui séparés, il s'agissait précisément d'en retrouver théoriquement l'unité. Ce projet ne fut jamais réalisé en totalité : Norbert Guterman, immigré de Varsovie et " sans papiers " dut d'abord fuir la France, ensuite arriva la guerre où Henri Lefebvre entra en résistance.
    Dans les années 50, Henri Lefebvre rédige seul une série d'articles retrouvés par hasard : La Conscience privée. On a ainsi une idée de ce qu'aurait été le second volet de la Science des idéologies. Où l'analyse de la " conscience individualiste " révèle que les caractères de cette " conscience privée " résultent d'une " privation " du lien lucide avec le social.

  • Pyrénées

    Henri Lefebvre

    • Cairn
    • 5 Juillet 2001

    Le projet de ce livre ambitieux, mais que Henri Lefebvre a voulu à la portée de tous et de chacun est de décrire le quotidien des Pyrénées, des vrais gens comme disent les publicitaires.
    La montagne sans l'homme ne l'intéresse pas, ce qui le passionne bien au contraire, c'est le rapport dialectique entre l'homme et son environnement. Quand il parle des Pyrénéens, c'est en allant du particulier au général, en pensant à leurs histoires ; à leurs différences, sans abuser de l'anecdote, et à travers le général, tenter de retrouver l'universel. Vaste travail parfaitement maîtrisé !

  • En 1958, le philosophe Henri Lefebvre a 57 ans.
    Il a milité 30 ans au Parti communiste. Or, on l'a suspendu. On lui reproche d'être philosophe. Il décide de rédiger un bilan de son itinéraire. Ce livre du philosophe est pour lui l'occasion d'évaluer son implication politique et philosophique, mais aussi son expérience amoureuse. La somme et le reste paraît pour la première fois en 1959, en deux volumes. Il a été en 1973 (en version abrégée) ; puis en 1989 en un volume.
    Cet ouvrage a pu être situé comme l'un des plus importants de l'histoire de la philosophie. Il est une méditation sur l'aliénation, le dogmatisme, l'invention de soi avec et contre les institutions. Il est un modèle d'autobiographie écrite avec rigueur qui s'efforce de saisir l'universel à travers la particularité du vécu personnel. Il indique une voie pour l'analyse institutionnelle, intégrant à la fois le vécu singulier et l'histoire sociale.
    Aujourd'hui, le dogmatisme est partout. Lors qu'en 1959, il était au Parti, maintenant il a envahi l'entreprise, l'université, la recherche, le quotidien. Ce livre porte donc une espérance nouvelle. Comment se construire, malgré l'institution ?.

  • Du rural à l'urbain est un livre précieux : il rassemble autour d'une problématique qui nous concerne encore aujourd'hui (comment surgit l'urbain ? sa problématique ? comment en faire la théorie ?) les grandes étapes de la pensée de Henri Lefebvre (1901-1991), l'un des plus grands penseurs du XXe siècle.
    " C'est un marxiste, Henri Lefebvre, qui a donné une méthode à mon avis simple et irréprochable pour intégrer la sociologie et l'histoire dans la perspective de la dialectique matérialiste.
    Cette méthode, nous la croyons valable dans tous les domaines de l'anthropologie. " Jean-Paul Sartre, Questions de méthode.
    Dans Du rural à l'urbain, " gît un petit trésor, l'article sur la méthode qu'Henri Lefebvre a théorisée à partir de son travail sur la vallée de Campan et qui porte désormais classiquement le nom de méthode régressive-progressive " René Lourau, préface à la seconde édition de Pyrénées (Pau, Cairn, 2000).

  • Qu'est-ce que l'art ? : c'est " la plus haute joie que l'homme se donne à lui-même ", nous dit Henri Lefebvre dans Contribution à l'esthétique.
    Il attribue cette définition à Karl Marx. Cette entourloupe permet à l'ouvrage, écrit en 1949, mais bloqué par la censure stalinienne, de paraître en 1953. Adhérant à la méthode de Marx, Henri Lefebvre apparaît alors comme un philosophe non conformiste à l'intérieur du Parti communiste. On le suspecte de déviationnisme. Comment parvenir à penser l'art dans ce contexte ? Comment dégager des perspectives sur l'oeuvre, l'activité créatrice ? Henri Lefebvre critique les définitions existantes.
    Il relit Platon et Diderot, Kant, Hegel et Marx. Il propose une analyse de l'art comme moment, où l'artiste rassemble tous les éléments d'une époque, en fait une synthèse à la fois au niveau de la forme et du contenu. Dans l'oeuvre d'art, apparaissent aussi les possibles, les virtualités de l'époque. L'artiste est limité par l'horizon de son temps. Mais, plus grand que les autres, il voit plus loin, nous dit-il en substance.
    Il reprendra ces idées dans plusieurs livres ultérieurs. Même si l'ouvrage est très marqué par le contexte dogmatique de l'époque, Contribution à l'esthétique contient des analyses qui débordent les consignes strictes sur le réalisme socialiste. Cinquante ans plus tard, la pensée esthétique s'est diversifiée. On pourrait même dire qu'elle a éclaté. Relire Contribution à l'esthétique n'est donc pas sans intérêt, car c'est un livre très construit qui parvient à dégager des lignes de pensée (développées ultérieurement par le philosophe) qui restent vivantes aujourd'hui.
    Cette seconde édition de Contribution à l'esthétique d'Henri Lefebvre s'inscrit dans un mouvement de redécouverte et de réédition du philosophe, à l'occasion du centenaire de sa naissance, et du dixième anniversaire de sa mort.
    Ainsi, les éditions Anthropos viennent de rééditer : La production de l'espace, Espace et politique, Du rural à l'urbain, L'existentialisme, La fin de l'histoire, Rabelais. Elles préparent quelques autres textes devenus introuvables.
    Né en 1901, mort en 1991, Henri LEFEBVRE, métaphilosophe, sociologue, historien, théoricien de la langue et de la littérature, penseur de la ville et critique de la vie quotidienne, auteur de 68 livres, est traduit dans trente langues.

  • Sous forme d'évocations brèves et laconiques, Henri Lefebvre dresse une liste d'oeuvres inachevées, disparues, oubliées, détruites ou parfois même jamais réalisées.
    Cet inventaire des manques s'élève en une mélopée incantatoire qui, l'espace d'un instant, rend présentes ces « unités » perdues pour l'histoire de la création et de la pensée humaines.
    Mais son véritable pouvoir est de faire oeuvre nouvelle, récitatif dont le rythme résonne en nous comme celui d'une unité retrouvée.

  • Les restes ; prototype

    Henri Lefebvre

    • Manuella
    • 14 Novembre 2013

    Du mois d'août 2001 au mois d'août 2010, Henri Lefebvre a disposé dans un tableau les suppressions effectuées lors de la correction d'oeuvres en cours d'écriture - proses (fictions, notes, essais) ou poésie. Le présent ouvrage est constitué d'extraits de ce tableau.
    Sont ainsi retenus en un même lieu des ponctuations, des mots, des paragraphes, lambeaux textuels initialement voués à la perte.
    Cet amalgame compose une oeuvre de nature imprécise où se maintient, autrement, ce que l'auteur voulait effacer.
    Postface de Justine Landau.

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