Rentrée littéraire 2017 

  • Le déjeuner des barricades

  • Summer

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    Il y a vingt-cinq ans, Summer a disparu lors d'une pique-nique. Aucune trace de corps, pas de demande de rançon, rien, le néant, le vide absolu. C'est son frère cadet, Benjamin, qui raconte, qui se livre devrais-je écrire, car ce formidable roman est un long monologue. Celui de ce jeune homme qui ne cesse de sombrer dans une sévère dépression depuis la volatilisation de sa sœur adorée. Depuis vingt-cinq ans il se repasse le film de cette journée, revoit sans arrêt la dernière image de Summer lui faisant un petit signe de la main avant de s'enfoncer dans les hautes herbes pour une partie de cache-cache qui n'aura jamais de fin. Petit à petit, entre réminiscences et confidences, la lumière se fait. D'abord des lueurs ténues, fragiles et fugaces, puis des éclairs désagréables et dérangeants et une lumière plus en plus claire jusqu'à l'éblouissement final de la révélation. Une révélation terrible faite dans les dernières pages qui laisse le lecteur aussi abasourdi que le narrateur. Il y avait pourtant bien des signes, de ces infimes détails auxquels on se refuse de prêter attention devinant combien ils peuvent être perturbants. Tout était trop beau, trop lisse, trop parfait. Père avocat, mère superbe et si élégante, fille ravissante et brillante. Seul Benjamin détonnait dans cette photographie de la famille idéale. Le petit garçon n'était pas joli et ne semblait pas très intelligent, un peu attardé peut-être, murmurait-on. La vie alors était un enchantement, un bonheur qui semblait éternel. Jusqu'au drame. La bonne société helvétique qui prisait tant les réceptions données dans la grande maison au bord du lac avait déserté, les amis avaient peu à peu oublié de téléphoner, Benjamin avait grandi dans un étouffant silence et s'était replié sur son chagrin.

    Un roman fort et troublant dans un style d'une apparente grande simplicité qui ne devrait pas passer inaperçu dans cette rentrée littéraire.

    Monica Sabolo est l'auteur de plusieurs romans dont Tout cela n'a rien à voir avec moi (Editions J.-C Lattès) Prix de Flore 2013. Son précédent roman Crans-Montana paraît en format poche aux éditions Pocket.

    Véronique

  • Un certain M. Piekielny

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    De l'importance de nos lectures dans notre vie...

    Dans le ghetto de Wilno vivait un petit garçon à qui sa mère promettait un avenir extraordinaire. Il deviendrait général, Ambassadeur de France, D'Annunzio, assenait-elle. Seul un voisin ne se gaussait pas de cette prédiction. Les mères sentent ces choses-là. Peut-être deviendras-tu vraiment quelqu'un d'important. Peut-être même écriras-tu dans les journaux ou des livres... disait-il au garçonnet, des encouragements suivis d'une requête : Quand tu rencontreras de grands personnages, (...), promets-moi de leur dire: au n° 16 de la rue Grande-Prohlanka, à Wilno, habitait M. Piekielny. Romain Gary, puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'a jamais failli à sa promesse faite à l'homme qui ressemblait à une souris triste (...)et qui a terminé sa minuscule existence dans les fours crématoires des nazis.

     Quand François- Henri Désérable passe son bac, il n'a lu qu'un livre du programme, La Promesse de l'aube de Romain Gary. Lu et relu tant ce roman le transporte. Et miracle, (ou signe du destin?), la question de l'examinatrice tombe: Que pouvez-vous me dire sur le chapitre VII de La Promesse de l'aube?

    Quelques années plus tard, M. Piekielny, qui s'est doucement effacé de sa mémoire, réapparaît soudain dans la vie de F.-H. Désérable grâce à une série d'événements hétéroclites en apparence anodins qui vont l'inciter à enquêter et écrire sur ce personnage qui l'a tant touché. Et le lecteur de suivre F.-H. Désérable dans une formidable quête qui, si au début ne le concerne pas vraiment, l'intrigue et pour laquelle il va très vite se passionner. Du très discret M. Piekielny à l'énigmatique Romain Gary, il n'y a qu'un tout petit pas, de Romain Gary à « l'invention de la vérité » il y en a un autre qui ne cesse de nous fasciner. Avec sa fausse désinvolture, sa faconde, son intelligence et son art de la construction, F.-H. Désérable nous charme et nous convainc une fois de plus.

    François-Henri Désérable est l'auteur du très remarqué – et formidable – Evariste ( Gallimard et Folio ) et d'un recueil de nouvelles non moins réussi Tu montreras ma tête au peuple ( Gallimard et Folio ) que je vous recommande vivement. 

    Véronique.

  • Le jour d'avant

  • Le sacrifice des dames

  • Minuit, Montmartre

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    La Butte, en ce temps-là, paraissait une montagne. La poésie et la tuberculose y régnaient à parts égales. Surgie des cabarets, des ateliers de peintres et des bosquets en fleurs, une nuée de jeunes gens cueillait les fruits du siècle naissant. À chaque carrefour s’aiguisaient des fantaisies, se forgeaient des merveilles. Tout semblait possible depuis qu’une bonne fée avait tendu sa chevelure haute-tension aux pylônes des boulevards.

    Montmartre, 1909. Perdue dans les ruelles sombres, une jeune femme noire erre dans la nuit. A la recherche d’un endroit où dormir, Masseïda ignore vers qui se tourner. A la Butte, elle ne connaît personne et personne ne semble vouloir d’elle. Alors elle marche lentement, désespérément. Vaillant, un des chats gardiens du quartier, apparaît au détour d’une ruelle et la guide jusqu’à l’atelier du peintre Alexandre Steinlen. Dans le crépuscule de la Belle Epoque, sous les regards des artistes et des filles de nuit, le premier chapitre d’une histoire de passion, de peinture et de bohème, commence...

    Julien Delmaire s’inspire avec son roman d’un épisode oublié de la vie de Steinlen, le célèbre dessinateur de chats. Et après lecture, je peux vous dire que l’écrivain a autant de mérite que le peintre ! Minuit Montmartre nous fait découvrir un monde coloré et terriblement vivant, rempli de chants, de parfums, de rires et de personnages hauts en couleur. Les descriptions de la Butte et de ses habitants sont incroyablement justes et précises, grâce à un vocabulaire venu tout droit des années 1900. Nous ne lisons pas un roman sur Montmartre, nous y sommes vraiment ! L’odeur de l’absinthe chatouille le nez du lecteur, le fait danser avec les filles de joie, puis chanter avec les anarchistes et les marginaux. La Goulue, l’allumeur de lampadaires, le préfet et Picasso et ses compères forment une joyeuse bande hétéroclite toujours prête à nous guider dans les méandres des rues de la Butte.

    Soyez prêts avec ce livre à accomplir un voyage riche en émotions, plein de poésie, de lyrisme et de sensualité. Sublime et bouleversant !

    Rachel

  • Le Sans Dieu

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    Commencez votre voyage en embarquant sur Le Sans Dieu, aux côtés d'Arzhur de Kerloguen. Ancien seigneur de Bretagne ayant renié Dieu à la mort du dernier de ses sept enfants, Arzhur est devenu l'Ombre, un pirate cruel et tyrannique écumant les mers des Caraïbes. Malgré sa réputation, un prêtre jésuite fera tout pour le remettre dans le droit chemin et sauver son âme, même s'il doit y perdre la sienne...

    Tricorne sur la tête et sabre d'abordage à la ceinture, venez rencontrer des flibustiers sanguinaires, des fuyards téméraires, des gibiers de potence en cavale et des filles de joie intrépides sur le pont du Sans Dieu !

    Bretonne, Virginie Caillé-Bastide signe un premier roman qui nous fait revivre la grande époque de la piraterie. Arzhur de Kerloguen semble être le frère caché de Barbe Noire et son bateau ressemble fort au célèbre Black Pearl. Une réussite !

    Rachel

  • Point cardinal

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    Pourquoi se lancer dans la lecture de Point cardinal ? Parce que c’est Léonor de Récondo qui écrit et que c’est extrêmement délicat et fin. Et aussi parce qu’elle aborde dans ce roman, un sujet plutôt rare et qu’elle parvient à le faire avec, à mes yeux, un vif réalisme qui pourrait faire dire à son lecteur une fois le livre terminé : cela pourrait se passer exactement ainsi.Laurent, personnage principal et héros de Point cardinal est marié à une femme qu’il aime depuis de nombreuses années. C’est un couple complice et respectueux l’un de l’autre. Il est également le père de deux adolescents qui semblent équilibrés et sympathiques.
     
    Il travaille dans une bonne entreprise où il exerce un travail de bureaucrate et jouit d’une certaine liberté. Parmi ses collègues, il a une amie avec laquelle il déjeune d’ailleurs régulièrement.
    C’est à tout point de vue un homme accompli qui a vraiment tout pour être heureux. Une vie idéale ? À moins que l’essentiel ne manque. Le plus important et que personne ne voit…
     
    En effet, Laurent est malheureux et se sent mal dans sa peau d’homme. Cette intuition qu’il aurait dû naître femme, il l’a depuis toujours ou presque. Certains gestes tels que toucher des sous-vêtements en soie, il ne les réprime que difficilement et le fait en cachette. Toutefois, un jour, le vernis craque et Laurent sera dévoilé. Et révélé, surtout à lui-même ; lui qui vit cette métamorphose comme une seconde naissance. Sa femme, qui redoutait une aventure extra-conjugale depuis peu, va devoir composer avec une tout autre réalité. Pour elle-même d’abord, pour son couple et pour leurs enfants également et le reste de la société. Comment les ados vont-ils prendre la nouvelle au cœur de cet âge compliqué de construction de soi ? Quelle est la part de tolérance ou d’égoïsme propre à chacun ?
    Un beau roman prenant, subtil, bien écrit sur une thématique novatrice.
     
    Le personnage principal, rayonnant, sensible, nous entraîne dans son quotidien. Seul regret peut-être : ne pas avoir davantage les pensées et émois de sa famille. Reste donc au lecteur à les imaginer !
     

    Anne-Sophie

  • Femme à la mobylette

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    Dans l’incipit de Femme à la mobylette, Reine, héroïne du roman, est assise un matin à la table de sa cuisine, un grand couteau posé devant elle. Elle s’interroge. A-t-elle tué ses trois enfants ?
    Voici que les enfants se réveillent et pourtant le doute n’est pas entièrement dissipé. Si elle ne les a pas tués, elle s’interroge et se torture : l’a-t-elle rêvé, désiré, appelé de tous ses vœux ? Il faut dire que sa situation n’est guère reluisante. Sans travail, elle est désormais en fin de droits. Ses enfants et elle logent serrés dans une petite maison tandis que leur père a refait sa vie dans le Sud et s’apprête à demander leur garde.

    Aucune famille pour l’aider un tant soit peu, personne sur qui se reposer et aucun plan B pour se sortir de ce marasme. Une petite lueur d’espoir renait avec la découverte d’une vieille mobylette qui fonctionne miraculeusement. Et bientôt à la clé un nouveau travail. Cette mobylette deviendrait-elle le symbole d’un nouveau départ pour elle ? Reine fait partie des laissés pour compte et c’est peut-être là le sujet principal de Femme à la mobylette. Jean-Luc Seigle prête la voix aux gens dans la marge, qu’on ne remarque pas, qu’on laisse dépérir et cette réflexion s’accompagne d’un beau portrait de femme et de mère. Ne peut-on donc pas penser que ce qui reste à ces êtres et qu’on ne saurait leur retirer, ce sont bien leurs rêves éveillés et leur pouvoir d’imagination ?

    Femme à la mobylette offre à mon sens plusieurs interprétations et lectures possibles. Mais difficile d’en dire plus sans prendre le risque de « divulgacher ». C’est un roman véritablement troublant voire dérangeant d’une écriture juste et belle avec une héroïne qui nous échappe sans cesse. C’est le genre de romans qui fait débat et ne laisse pas indifférent, qui peut nous hanter longtemps après l’avoir refermé.

    Sombre et puissant telle une fulgurance.

    Anne-Sophie

  • Ce qu'on entend quand on écoute chanter les rivières

  • Sucre noir

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    Si vous avez envie de jeter l'ancre, rejoignez un petit village des Caraïbes, où se situe la plantation de cannes à sucre de la famille Otero. La légende raconte que, trois cents ans plus tôt, le navire d'Henry Morgan se serait échoué dans les parages et que le butin du célèbre capitaine y aurait été perdu. Malgré les difficultés du terrain, des générations de chercheurs de trésors s'y succèdent, jusqu'à ce que Severo Bracamonte, un des explorateurs, rencontre Serena Otero, l'héritière de la plantation...

    Dans un décors enchanteur mais néanmoins dangereux, le rhum coulera à flots et les personnages apprendront que tous les trésors ne sont pas d'or et d'argent.

    Avec Sucre NoirMiguel Bonnefoy réinvente brillamment la légende d'Henry Morgan et de son trésor. Une histoire de pirates très originale, qui se passe sur terre et non en mer, avec une écriture superbe et un dénouement... Surprenant. A dévorer d'urgence !

    Rachel

  • L'art de perdre

  • Ils vont tuer Robert Kennedy

  • Un loup pour l'homme

  • La disparition de Josef Mengele

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    Lauréat du prix Renaudot 2017 

  • La fontaine, une ecole buissonniere

  • Kong

  • Trois jours chez ma tante

  • Ces rêves qu'on piétine

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    Allemagne, avril 1945.  Devant l'arrivée des forces Alliées, les Allemands vident les camps de concentration et emmènent les survivants vers une destination funeste. Dans cette cohorte épuisée, affamée, malade et terrorisée, une jeune femme et sa fille, la petite Ava, miraculeusement vivante. Sous ses hardes, Ava cache un trésor, un rouleau de cuir à l'intérieur duquel sont méticuleusement pliées des lettres. Parmi elles, celles écrites par Richard Friedländer à sa fille Magda.  Raflé parmi les premiers, il n'a cessé de lui demander de l'aide en lui rappelant l'amour qu'il lui porte. Le vieil homme est mort, les lettres n'ont jamais reçu de réponse mais elles sont précieusement conservées ainsi que beaucoup d'autres toute aussi bouleversantes dans ce fameux rouleau qui se transmet de survivant en survivant jusqu'à Ava.

    A plusieurs kilomètres de là, à Berlin, Magda Goebbels s'enfonce dans la folie des ultimes heures du Reich. En attendant une mort qu'elle sait inévitable, elle repense à sa vie... Née de père inconnu et d'une mère analphabète, adoptée par son beau-père, un commerçant juif qui l'adorait, elle n'a eu de cesse d'oublier ce passé pour n'être que la « première dame » du Reich, riche, adulée et enviée par tous. Grandeur et décadence. Le rêve est brisé, l'horreur au rendez-vous. Avec force détails d'un réalisme troublant, Sébastien Spitzer décrit le quotidien des derniers jours de la vie dans le bunker bien loin de toute grandeur ou de simple dignité.

    Terrifiant, glaçant et superbe, ce premier roman est une réussite. La progression d'Ava qu'on espère vers la liberté et la vie mise en contre point de celle des enfants de Magda Goebbles vers la mort provoque une vraie tension qui se relâche avec l'arrivée des GIS et de la lumineuse Lee Meyer inspirée par la talentueuse Lee Miller.

    Sébastien Spitzer est journaliste et écrivain. Journaliste free-lance pour TF1, M6 ou Rolling Stone, il a réalisé plusieurs enquêtes sur le Moyen-Orient, l'Afrique et les États-Unis. 
    Il est l'auteur de "Ennemis intimes, les Bush, le Brut et Téhéran" en 2006 aux éditions Privé.

    Véronique.

  • Courir au clair de lune avec un chien volé

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    Le titre de la première nouvelle donne le ton, avec ses personnages cabossés, en lien avec la nature. On y croise entre autres : un indien, un entrepreneur en bâtiment, un jeune homme qui aime une femme beaucoup plus âgée que lui... Un très bon recueil de nouvelles sur le Montana et Wyoming (Ouest américain), qui traite des relations qu'entretiennent les hommes avec la nature ou avec leurs semblables. Callan Wink signe ici son premier recueil de nouvelles, dans la collection Terres d'Amérique chez Albin Michel. Auteur déjà remarqué à la sortie dans les 20+1 nouvelles pour l'anniversaire de cette collection. Un premier roman est en cours d'écriture.

    Laura

  • Dans l'épaisseur de la chair

  • Tout un monde lointain

  • Neverland

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    « Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. »

    Principalement (re)connu dans le domaine de la littérature jeunesse, Timothée de Fombelle propose ici son premier texte pour les adultes, dans lequel il nous emmène à la source nourricière de ses romans : l’enfance, et plus particulièrement la sienne. A la manière d’un Peter Pan cherchant son ombre, le texte se présente comme une quête, un voyage initiatique vers son enfance perdue.

    C’est avec plaisir qu’on retrouve la douceur de la plume de Timothée de Fombelle. Pourtant, le ton n’est pas aussi léger qu’on pourrait le croire. Loin de replonger dans les joies enfantines et ses émerveillements, l’auteur évoque ici son paradis perdu avec nostalgie, parfois de la mélancolie, mais toujours beaucoup de poésie. L’auteur joue une nouvelle fois avec les frontières invisibles entre monde réel et monde imaginaire pour retracer son passage difficile à l’âge adulte.

    On ressent pleinement sa tendresse pour cet âge d’or et l’enfant qui sommeille toujours en lui, tout en savourant chacune de ses envolées lyriques. Une jolie ôde à l’enfance.

    Elodie

  • Les huit montagnes

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    Ses Huit montagnes vont vous charmer, vous émouvoir, et vous transporter. Sans crier gare. Car cette émotion est surprenante, inattendue. La lecture se fait au rythme d'une montée dans les alpages, elle devient contemplation.

    Silence. Profondeur et altitudes mêlées. Respiration.

    Un premier roman puissant au style aussi épuré qu'efficace, brillant.

    Bénédicte

  • Je m'appelle Lucy Barton

    Librairie Le Failler vous conseille

    Lucy Barton, écrivaine new-yorkaise, la trentaine bien entamée, se fait hospitaliser suite à une opération. Durant plusieurs mois, elle se retrouve séparée de son mari, qui ne viendra lui rendre visite qu'une fois, et de ses filles. 

    Un matin, à sa grande surprise, sa mère qu'elle a perdu de vue depuis de nombreuses années se tient là, à son chevet. Durant plusieurs jours, elle va la veiller avec une tendresse maladroite, sans dormir, sans s'absenter. Entre les deux femmes, qui n'ont jamais su se dire "Je t'aime", le dialogue se fait enfin, par petites touches, passant de l'anecdote la plus anodine à une véritable réflexion sur la place grandissante que la littérature a pris dans la vie de Lucy, l'éloignant à jamais de sa famille. A travers son échange avec sa mère, la narratrice se replonge dans les heures sombres de son enfance, en scrute les différentes facettes et les nombreux personnages qui ont marqué à jamais la vie d'une petite fille pauvre d'un village de l'Illinois. 

    Elisabeth Strout questionne la place de la pauvreté extrême dans nos sociétés occidentales et nous prouve avec beaucoup de pudeur qu'il existe de très nombreuses façons d'aimer et de se souvenir.

    Julia

  • Nos richesses

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    « Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre (…) Vous parviendrez enfin rue Hamani, l'ex-rue Charras. Vous chercherez le 2 bis que vous aurez du mal à trouver (…) Vous serez face à une inscription sur une vitrine : Un homme qui lit en vaut deux. Face à l'Histoire, la grande, celle qui a bouleversé ce monde mais aussi la petite, celle d'un homme, Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de vingt et un ans ouvrit la librairie de prêt Les Vraies Richesses. »

    Merci à Kaouther Adimi d'avoir écrit ce livre. Parce qu'on y apprend des choses belles ou tragiques, de celles qui ne devraient pas sortir des mémoires. Parce qu'il met en lumière Edmond Charlot qui joua un rôle immense dans l'histoire de notre littérature contemporaine.

    Peu argenté mais déterminé, le jeune Algérois décide d'ouvrir une librairie de prêt inspirée par celle d'Adrienne Monnier qu'il a visitée lors de son séjour parisien. Il sera aussi éditeur et, pourquoi pas, galeriste. Giono, dont il admire tant les textes, l'autorise à l'appeler Les Vraies Richesses. Commence alors dans le petit local de la rue Charras, à Alger, une aventure intellectuelle et humaine incroyable qui se terminera dans le feu provoqué par une bombe en 1961. Une tragédie dans laquelle Edmond Charlot "perdra les notes de lecture de Camus, ma correspondance avec Gide, Amrouche et les autres. Des milliers de livres, de documents, de photos et de manuscrits soufflés. (…) Une vie entière réduite en gravas". Albert Camus, Emmanuel Roblès,  Jules Roy, Albert Cossery... Leurs premiers textes furent édités par Edmond Charlot. Homme de conviction, il n'hésitera pas en 1943 à imprimer Le Silence de la mer  édité clandestinement l'année précédente par les Éditions de Minuit. Les 20 000 exemplaires seront vendus dans la semaine. La littérature, la culture méditerranéenne et l'amitié seront les maître-mots de ce grand éditeur que rien, arrestation, attentats, trahisons, faillites... ne découragea jamais et qui mourut  à Pézenas en 2004.

    C'est par le biais de la fiction que Kaouther Adimi nous raconte la vie passionnante de Edmond Charlot et l'histoire de l'Algérie. Un pays, - mais est-il le seul ? -, où le mot culture n'est même pas un gros mot puisqu'il devient obsolète...

    Alors, contrairement à Ryad chargé de vider, jeter et repeindre les Vraies Richesses, troublé mais hermétique aux récits du vieil Abdallah, ouvrez votre cœur à cette vigie, dernier gardien du temple, et je vous assure que votre lecture sera aussi enrichissante qu'émouvante.

    Charlot fut un peu notre créateur à tous, tout au moins notre médecin accoucheur. Il nous a inventés ( peut-être même Camus ) engendrés, façonnés, cajolés, réprimandés parfois, encouragés toujours, complimentés au-delà de ce que nous valions (…). Par moments, il m'arrive de me demander si nous avons été assez dignes de lui.

    Jules Roy.

    Véronique

  • Les histoires de Franz

    Librairie Le Failler vous conseille

    « J'ai entièrement confiance en mon père, qui m'a toujours protégé du danger, sans jamais m'enfermer ou me dissuader de prendre des initiatives. Sa devise pourrait être "La vie, c'est risqué", et j'ai fini par comprendre qu'il y a deux choses dans cette phrase : "on ne peut pas éviter tous les risques de la vie" et "on ne peut pas vivre sans parfois prendre des risques". Ça m'a toujours beaucoup aidé de me rappeler cette phrase. Et ça me rend aussi plus compréhensif et plus indulgent avec les autres et avec moi-même, je crois. J'espère. »

    Entre 1965 et 1970, à Tilliers, petit village de France, Abraham est médecin généraliste, tandis que sa femme Claire s'engage auprès du planning familial. Luciane, l'aînée, cherche son indépendance et Franz est un adolescent rêveur et curieux, dont les préoccupations sont diverses : une terrible acné juvénile, un amour grandissant pour une camarade de classe, un goût prononcé pour la littérature et la langue anglaise ainsi qu'une tendance à se révolter contre les injustices...

    Suite d'Abraham et fils, ce roman peut cependant être lu indépendamment du premier puisqu'un habile résumé est glissé dans ses pages. C'est avec plaisir que l'on retrouve l'écriture fluide de Martin Winckler qui a le don de nous faire ressentir de l'empathie pour les personnages. Toujours via le récit de Franz qui est maintenant adolescent, l'auteur nous emmène à la fin des années 60, explorant habilement ses thématiques de prédilection : la cause des femmes (et notamment le développement du planning familial et des moyens de contraception qui se passent sous le manteau), le vivre-ensemble et comment la médecine se met au service des humains pour soigner les maux physiques mais aussi psychiques... C'est également une belle relation père-fils qui est racontée ici, présentée d'une perspective adolescente.

    De l'humour, des personnages extrêmement attachants qu'on rencontrerait volontiers, ancrés dans une époque de bouleversements : l'après guerre d'Algérie, mai 68 et une volonté de changement de la société traduite par des expérimentations scolaires et un militantisme en développement... voici le programme de ces plus de 500 pages qui se dévorent !

    Camille

  • La tanche

    Librairie le Failler vous conseille

    « Maintenant je dois faire bien attention, se dit Jonathan. Maintenant. Cela commence maintenant. (…) À la vue de leur maison parmi les restes de la démolition, il sentit une angoisse s'insinuer en lui. Comme si tout cela n'était pas normal. Comme si tout compte fait il n'avait pas sa place ici. Comme si tout compte fait sa place était totalement ailleurs. Mais il n'aurait pas su dire où ni quoi faire pour le découvrir. »

    Dans la banlieue d’Amsterdam, Jonathan, présumé coupable de pédophilie, est libéré de prison, faute de preuves tangibles. Malgré les taux de récidive envisagés par le psychologue de la prison, il se convainc que tout ira bien : il veillera sur sa mère, retournera à l’usine de poissons, s’occupera du chien, ira à la pêche… et se débarrassera de ses pulsions. Mais de retour à la maison, il apprend qu’une fillette et sa mère ont emménagé en face de chez eux, celle-ci ayant pris l’habitude de s’occuper du chien durant la détention de Jonathan. Le jeune homme, livré à lui-même, va devoir combattre à nouveau ses vieux démons…

    Ce premier roman d’Inge Schilperoord, psychologue judiciaire, a crée une onde de choc aux Pays-Bas, et connu un succès retentissant. Et on comprend pourquoi. L’auteure traite le sujet tabou de la pédophilie avec beaucoup de pudeur et de justesse, à travers un personnage déconcertant, à mi-chemin entre le Lennie Small de Steinbeck et le Humbert Humbert de Nabokov ; Jonathan, mentalement fragile, à la naïveté presque innocente, est en même temps pleinement conscient de sa monstruosité, et cherche par tous les moyens à l’anéantir. Il s’impose un planning quotidien strict et rigoureux pour éviter tout faux pas, s’escrime à suivre les exercices et consignes de son psychologue, fait tout pour fuir l’objet de son désir… et finit par passer à l’acte.

    L’auteure décrit avec une grande finesse psychologique les tourments de Jonathan. Tout en préservant une certaine distance face au sujet, elle parvient à rendre le lecteur confident du pédophile, jusqu’à nous faire, sinon comprendre, du moins compatir aux émotions qui le submergent. Un roman dérangeant, dont on ne sort pas indemne.

    Elodie

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